Alishan – 29 et 30 octobre 2018

Le récit de comment on a passé 2 jours inoubliables sans s’y attendre vraiment…

Le Taïwan Safari a été un succès avec Vincent et comme je vous l’avais dit, nous avions déjà décidé d’accepter une excursion de 3 jours avec lui en ayant accepté sa proposition : nuit chez un aborigène et dans une maison en bambou. Pour le reste nous lui avions laissé carte blanche et nous n’imagions pas encore la chance que nous allions avoir grâce à lui.

Malgré notre volonté de chercher à partager des moments avec des « vrais » gens du pays que nous visitons, il est souvent difficile de ne pas tomber dans des circuits « éco-responsables » proches des communautés où le tourisme a pris le pas sur la vie que pouvait avoir les gens avant. Là nous partons vers ce qui sera l’expérience la plus proche de ce qu’on a toujours cherché à faire.

Mais avant cela, nous allons prendre un shinkansen… je veux dire un train rapide taïwanais qui ressemble quand même à un train japonais que c’est troublant… Ha ben en fait c’est le même modèle. On trace donc très vite vers notre premier arrêt afin de récupérer notre voiture et en chemin nous pouvons commencer à faire connaissance avec nos 2 guides : je dis 2 car Vincent est marié à Tungwei. Ils se sont rencontrés au Japon avant de venir faire leur vie ici et on a donc le plaisir et la chance d’avoir 2 personnes rien que pour nous. Le premier repas qui nous est proposé sera du canard laqué façon Taichung et… ouch… Le repas est une pure tuerie, je savais que j’aimais ce genre de plat et j’en ai eu la confirmation… Rien que ce repas justifie la prestation de Vincent mais ce n’était que le début… On s’est gavé de tout ce qui nous a été présenté (même la petite pâtisserie en forme de petit poussin) et, après avoir pris 5 kilos, nous acceptons de quitter les lieux… Repus et satisfaits comme jamais.

Le suite c’est une longue autoroute, de la musique chinoise (mais pas que) et une longue et sinueuse route de montagne pour arriver chez les Tsous, une des tribus qui a vécu sur Taïwan bien avant l’arrivée des Hans. Nous débarquons chez Mo-ho… et là je vais plutôt essayer de me remémorer un maximum de choses pour ne pas oublier tout cela…

Donc Mo-ho est un membre des Tsous mais pas n’importe lequel, c’est le chasseur de la tribu et je ne parle pas d’un mec qui est bourré du matin au soir et qui tire sur des mecs en VTT, je parle d’un chasseur qui a tué un sanglier de 90 kilos il y a 15 jours et l’a porté puis ramené chez lui pour le dépecer et le consommer (on en mangera le lendemain matin, c’était super bon). Il faut savoir que les Tsous ne sont plus que quelques milliers et comme partout, c’est une minorité dont l’histoire risque de disparaître. Mo-ho à presque 50 ans a décidé qu’il devait transmettre son histoire et ses souvenirs mais aussi son savoir-faire aux jeunes générations : il donne donc des cours dans plusieurs écoles, il apprend à construire les habitations comme ses ancêtres sachant que toutes ces informations ne sont transmises qu’à l’oral… Il n’y a pas d’écriture malheureusement… Un ouvrage assez complet avec pas mal de photos existe (fait par un japonais quand ils possédaient l’île). Tout ceci pour vous dire que Mo-ho, en plus de nous accepter, souhaite transmettre son patrimoine, il ne veut pas en tirer profit et ne veut donc pas travailler avec des tours opérateurs et il a été assez cool pour nous amener en forêt pour une petite chasse de nuit !

On se retrouve chargés à l’arrière de la super camionnette bleue 4×4 et on s’enfonce dans le noir le plus complet, Mo-ho a son fusil (il l’a fabriqué lui même…) et sa machette, nous n’avons plus qu’à le suivre. Alors je vous dirais que sans lui j’aurais bien pissé dans mon froc, il fait nuit, la forêt est pleine de bruits trop louches et je n’ai aucune idée de comment tuer le moindre truc… Par 2 fois Mo-ho va repérer une sorte de biche/mouton/truc mais il nous avouera plus tard avoir décidé de ne pas tirer pour ne pas nous embêter avec la préparation de la bête. On fera donc notre excursion de nuit avec un vrai chasseur Tsou… Le genre de truc improbable…

Nous passerons la nuit dans une hutte en bambou qu’il a fabriqué seul et juste à côté d’une hutte réellement traditionnelle pour le coup (nous on avait une salle de bain et l’électricité quand même). On dormira super bien et on découvrira la vue magnifique qui nous est offerte ! Des montagnes, de la forêt et 3 ou 4 voisins mais des voisins super loin. Nous prendrons un petit cour de lance-pierre j’ai obtenu 1/20 et Yann 0/20) au cas où nous pourrions défoncer un singe puis Moho nous amènera sur un lieu de cérémonie où les chasseurs communiquaient avec les dieux devant un autel dédié pour avoir du succès. Il nous montrera aussi un plateau où les japonais faisaient décoller leurs avions pendant la guerre et nous expliquera que gamin, il allait jouer à cache-cache à cet endroit (avec une falaise de fou en bout de piste… totalement safe comme lieu de jeux pour des gamins/enfants). Et la petite dernière pour la route : on apprend que la cervelle de singe a un goût de yaourt, qu’on la donnait aux enfants car si on mange un cerveau on sera plus intelligents ! Et comme Mo-Ho il aimait manger les mains et les pieds des singes, il est devenu fort et très bon chasseur. Moi je dis, ça se tient…

La carrure de Mo-ho est impressionnante, le mec est une force de la nature et nous confirmera qu’il peut trimballer entre 100 et 150 kilos comme cela se faisait avant c’est-à-dire avec des tresses de bambous reposant sur le front et le poids sur le dos. On aura en cadeau 2 flûtes de bambou qui permettent d’imiter le cri d’un bébé animal (je ne sais plus lequel…) pour que la mère vienne ou celui d’une femelle en chaleur du même animal (je testerai sur Toulouse) puis nous serons invités à revenir pour faire un trek guidé si nous revenons un jour (promis on va revenir le faire!).

Nous pourrons aussi goûter quelques plantes (que je n’aurais jamais osé toucher sans lui) puis il nous apprendra tout un tas de choses sur les Tsous : comment les guerriers tranchaient la tête de leurs ennemis et les ramenaient pour les enterrer ensuite, comment les morts étaient enterrés sous la maison de la famille et lorsqu’il n’y avait plus de place les personnes construisaient une autre maison ailleurs. Nous apprendrons que la Kuba (le lieu où les guerriers étaient accueillis après une victoire) va voir sa toiture restaurée et que Mo-Ho est chargé de trouver les matériaux. Nous apprendrons qu’il y a toujours un chef et un shaman en plus du chasseur dans la tribu actuelle. Je découvrirai aussi que Mo-Ho va emmener des enfants de 12 ans faire une randonnée à 3900m bientôt… Et que les petits viennent en stage apprendre à chasser, traquer et faire des pièges ! Nous aurons une visite guidée d’un musée où Mo-ho se permettra de corriger quelques approximations sur les vêtements ou les matériaux en démonstration. Il faut aussi noter que les 2 maisons que Mo-Ho a construites, l’on été sur un lieu où sa famille habitait avant qu’ils reviennent s’y installer et que les bâtiments ont été classés au patrimoine par le gouvernement. Ce dernier souhaiterait qu’une construction identique soit faite à un endroit plus accessible pour pouvoir y amener des touristes (et gagner du fric) mais Mo-Ho a décidé de ne pas accepter et préfère se consacrer à ce qu’il considère comme sa mission maintenant. Il n’accepte que les groupes d’enfants Tsous pour leur apprendre leur histoire et aussi de temps en temps quelques touristes qui sont réellement intéressés par ce qu’il va pouvoir expliquer, qui vont parler ensuite des Tsous et qui les feront connaître ailleurs. Et pour finir nous nous verrons offrir le repas de midi par Mo-Ho et sa femme dans le restaurant des locaux (et pas celui pour les touristes ! Ouaip !).

Je sais que sans y avoir été c’est assez difficile à imaginer mais je vous garantie que voir en vrai quelqu’un qui a appris toutes ces choses, quelqu’un qui tente de ne pas voir disparaître tout cela à cause du temps qui passe était une expérience inoubliable. Je pense sincèrement que c’était une des expériences/rencontres les plus marquants que l’on a eu la chance de vivre et tout ça grâce à quelques tweets et pas mal de hasard… Je ne sais pas combien de temps il sera possible de croiser le chemin de Mo-Ho mais si vous êtes intéressés dépêchez-vous d’aller à Taïwan et prenez contact avec Vincent pour ce genre d’excursion.

Le retour à la civilisation se fera par une ballade nocturne dans le vieux quartier de Tainan et évidemment par plein de bon petits plats.

Liens vers les photos :
2018 – 10 – 29 – Taïwan (Alishan)
2018 – 10 – 30 – Taïwan (Alishan)

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2 réponses

  1. Vincent dit :

    La classe cet article ! Un grand merci à vous, et à très bientôt pour d’autres aventures avec l’ami Mo’Ho 🙂

  2. Haazheel dit :

    Merci à toi surtout !!!

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